Actu intergéné n°2 : Quand les réseaux sociaux connectent les générations

Les personnes âgées seraient déconnectées des nouvelles tendances numériques et des réseaux sociaux. Et bien c’est faux. Depuis maintenant plusieurs années, elles investissent les réseaux sociaux pour y produire du contenu, parvenant à trouver leur place dans un univers plus si étranger. Elles sont souvent accompagnées par leurs enfants ou petits-enfants, ce qui rend cette pratique intergénérationnelle. Coup de projecteur sur une tendance qui vient casser les codes établis. 

 

Instagram, YouTube ou encore TikTok ne sont plus les terrains de jeu exclusifs des moins de 30 ans. On y retrouve désormais des visages un peu moins juvéniles, avec quelques rides et cheveux blancs : les « silver influenceurs », « influenceurs séniors », ou « grandsfluenceurs » selon les terminologies marketing. Concrètement, il s’agit de personnes âgées de 60 ans ou plus, qui sont devenues populaires sur les réseaux sociaux en postant régulièrement du contenu. Elles sont suivies par une communauté nombreuse, fidèle et hétérogène puisqu’on y retrouve des jeunes de 20 ans comme des personnes de plus de 50 ans. En France, l’exemple le plus connu est peut-être celui de Studio Danielle. Cette sexagénaire totalise plus d’un million d’abonnés sur Instagram et YouTube, et 2,4 millions sur TikTok. On peut également citer Claude et Josette, un couple de retraités qui fait des ravages sur TikTok, ainsi qu’Andrée et son petit-fils Mathieu alias Mamie et Math. L’américaine Lillian Droniak comptabilise quant à elle 9,3M d’abonnés sur TikTok à l’âge de 92 ans !

 

Cette tendance mérite qu’on s’y attarde grâce à son aspect intergénérationnel. Nos nouveaux influenceurs partagent cette activité avec des proches plus jeunes qu’eux : leurs enfants ou petits-enfants. Plus habitués aux usages des réseaux sociaux, ce sont souvent ces derniers qui ont entrainé leurs aînés, de manière directe ou involontaire, vers ce nouveau monde. L’ascension vers la lumière du digital est parfois toute simple. Il suffit qu’une petite vidéo prise pendant un moment de vie commun dans le but d’immortaliser un souvenir rencontre un succès inattendu. Le compteur de likes s’affole et c’est alors le début d’une aventure folle. 

 

Les jeunes ne se sont pas contentés d’amener les plus âgés vers le chemin des réseaux et de les laisser se débrouiller seuls. Ils les accompagnent au quotidien, rendant alors cette expérience familiale en plus d’être intergénérationnelle. Ainsi, « Mamie et Math » forment un binôme indissociable. Concernant Claude et Josette, c’est leur petit-fils Valérian qui est aux commandes de toutes les vidéos, du scénario à la réalisation en passant par le montage. Il est également présent aux côtés de ses grands-parents dans toutes les séquences réalisées. On voit alors 2 générations bien distinctes rassemblées autour d’un moment de vie, certes mis en scène pour passer sur les écrans, mais bel et bien réel.

 

Souvent, la carte de l’humour est privilégiée. On y retrouve nos séniors dans des situations loufoques, en décalage avec leurs habitudes quotidiennes. Ils se lancent dans la réalisation de défis improbables, s’amusent à réaliser des canulars ou à parler un langage de « jeunes ». D’autres misent sur le modèle de la transmission en donnant à leur audience des astuces et conseils en tout genre : cuisine, santé, beauté, bien-être… Les fameux remèdes et recettes de grand-mère, mais diffusées à grande échelle. Certains vont nous faire part de leur passion et expériences vécues via des vidéos, photos, blogs. Ils font finalement comme tout le monde malgré leur âge avancé.

 

En apparence, on retrouve donc du contenu drôle, bienveillant et inspirant afin de coller parfaitement à l’identité de ces nouveaux outils digitaux. Pourtant, les objectifs de cette tendance sont bien plus sérieux qu’on ne le croit. Nos nouveaux influenceurs et leurs entourages se servent des réseaux sociaux pour faire passer des messages et faire évoluer les mentalités. Leurs buts : déconstruire les stéréotypes liés à l’âge, dénoncer l’âgisme, mettre en avant les difficultés rencontrées avec le vieillissement. On peut ainsi prendre l’exemple du compte de pepe_moujo, un papi filmé par ses deux petites-filles alors qu’il est atteint de la maladie d’Alzheimer. Une manière de sensibiliser sur ses conséquences et de montrer que la vie continue malgré tout.

 

Créer du contenu sur le digital permet aussi à nos aînés de retrouver du lien social, trop souvent perdu en vieillissant. Il se matérialise à la fois avec leurs proches, en partageant une nouvelle activité et des moments de complicité, qu’avec des inconnus : leur communauté d’abonnés qui les suit et avec laquelle ils peuvent échanger. Ils sont même souvent source d’inspiration pour de nombreuses personnes. Grâce à cette pratique, ils réaffirment leur existence et retrouvent à la fois le goût de la vie, une certaine estime de soi ou encore une utilité parfois perdue

 

Les mots clés pour définir cette nouvelle tendance : partage, transmission et bienveillance. Finalement, et si les réseaux sociaux reconnectaient certaines personnes à la vie ?

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